Niveau de vol 350 et l’égo des leaders !


Vous êtes gestionnaires, les pieds sur terre! Et bien imaginez-vous observé durant votre travail, imaginez un inspecteur qui scrute ce que vous faites, évalue vos conversations et analyse vos interactions avec votre équipe. Seriez-vous inconfortable et incommodé ou, à l’aise et ouvert à la critique?

La réalité, c’est ce que des milliers de pilotes de ligne vivent plusieurs fois par année. Autant au simulateur qu’en vol réel, car les normes de Transport Canada exigent des vérifications périodiques des compétences. Leur gagne-pain, leur carrière dépendent chaque fois des résultats obtenus, un peu comme vous, gestionnaires! Peut-être…

À l’époque où je travaillais dans un poste de pilotage, parfois cet inspecteur, c’était moi. Quelle chance de voir évoluer mes confrères professionnels en me retrouvant assis aux premières loges : des commandants aux cheveux gris en pleine action, comme des premiers officiers verts et fringants. Tous s’exécutaient activement sous mes yeux, les bons comme les moins bons. Ce que j’ai appris des meilleurs a forgé ma personnalité à tout jamais.

Les excellents commandants comme les super leaders ne font pas de vagues. Ils ne se vantent que très rarement. Ils savent transformer leur impulsivité en patience. Dieux sait combien la patience est fondamentale pour travailler de pair avec de nouveaux venus qui frappent 9.0 sur l’échelle de l’égo! Ces bons leaders observent, écoutent et suggèrent aux besoins, sans plus. Ils posent les bonnes questions qui permettent réflexion et cheminement. Ils peuvent faire les choses vite et mieux, mais prennent toujours le temps d’aider, coacher et encourager leur co-équipier. En fait, il s’agit de l’antithèse de la croyance qui suggère que les commandants sont des vedettes qui exhibent leurs talents.

Je pousse plus loin en exprimant qu’ils sont toujours ouverts à l’amélioration, aux changements, acceptent ouvertement la critique et se servent des commentaires pour affiner leurs techniques et méthodes. L’aviation évolue, eux aussi et comprennent que l’apprentissage est perpétuel. Passer d’un Lockheed L-1011 des années 1970 utilisant trois pilotes, à un Airbus 330 dernier cri, demeure toute une marche à gravir et eux le font sans broncher, avec enthousiasme même.

Pourquoi agir aussi humblement et posé? Parce que la sécurité du vol, l’harmonie et la mission sont des critères plus importants que l’égo (l’égocentrisme empêche de travailler dans un environnement propice au partage et à la communication). D’ailleurs ce type d’environnement demeure nettement plus enrichissant; il s’agit d’une parfaite ambiance pour faire ressortir le meilleur de l’équipe et prospérer. Après tout, bénéficier du meilleur de l’équipe n’est-ce pas le but que l’on recherche comme leader?

Et si on évaluait régulièrement vos faits et gestes? Croyez-moi, cette réalité a tout bon pour attendrir l’égo.

Adepte de seine gestion et d’actualité dans le domaine des affaires, Nicolas Charette, l’auteur du livre « Attitude 80 » s’appuie sur une carrière en aviation à titre de chef pilote de département corporatif, pilote de ligne Boeing 767-300 et instructeur-inspecteur Boeing 737-800 pour promouvoir certaines techniques de leadership.