Réalité propre aux biens nantis, accessible à tous !

Tout frais à ma mémoire, je me rappelle un vol qui sortait vraiment de l’ordinaire.

La fermeture du Canada 3000, en 2002, avait forcé un changement de carrière et d’intérêt pour moi. Bien que mes occupations dans le domaine de la construction accaparaient la plupart de mon temps, je volais quand même, mais de façon sporadique.

Pour le plaisir, je pilotais l’appareil d’un particulier, un Beechcraft King-Air B-200 pratiquement neuf. Il comptait 400 heures au compteur. Quel plaisir de piloter un avion aussi propre que récent. Depuis mes débuts dans l’aviation, il s’agissait du deuxième nouvel appareil que j’avais le bonheur de piloter, le premier étant le Beechcraft King Air 350 de la compagnie Domtar.

Le propriétaire du King-Air B-200, avec qui ma conjointe et moi étions liés d’amitié, voyageait régulièrement entre Montréal et West Palm Beach en Floride. Pour ceux qui aiment la vie des gens riches et célèbres, West Palm Beach est l’aéroport qui dessert la ville de Palm Beach, réputée pour l’accueil de résidences de prestige. Sur le terrain de cet aéroport, stationné à côté du Boeing 727 de Donald Trump ou de nombreux Gulfstream IV et Challenger de Bombardier, le King Air B-200 semblait n’être qu’un modeste appareil de pauvres. Évidemment pour moi, cet avion, d’une valeur de 5 millions $, était nettement hors de portée.

Un homme d’affaires, un jour m’avait dit : « La richesse, ce n’est pas de posséder, mais de bénéficier. Moins tu as de choses à ton nom, plus tu es riche! ». Eh bien, l’histoire qui suit en est un exemple.

Notre ami, au retour d’une croisière, désirait utiliser son avion pour se transporter de la Floride aux Bahamas. Comme son avion, utilisé par son fils montréalais, était à l’aéroport de Dorval (aujourd’hui Montréal-Trudeau), par téléphone il me demanda de le rapatrier à West Palm Beach.

Ne désirant pas piloter un appareil de ce type en solo, je devais me trouver un partenaire de vol. Pas n’importe lequel! Quelqu’un d’expérimenté, compétent et avec qui je pourrais passer d’agréables journées au soleil.

Par le plus grand des hasards, je me trouvais à partager ma vie avec une pilote d’avion! Par hasard aussi, celle-ci était qualifiée commandant sur King Air 350, un appareil fort similaire au B 200. Imaginez le plaisir de piloter un avion de cette trempe en compagnie de l’élue de son cœur, et de quitter le froid de l’hiver québécois pour un week-end de soleil en Floride!

Après quelques discussions, nous décidions d’amener avec nous notre petit bonhomme de trois ans, pour une sortie en famille hors de l’ordinaire!

Le matin du départ, direction FBO (Fix Base Operator) de Montréal. Comme il faisait un froid de canard, le personnel de la rampe nous avait permis de conduire la voiture directement à côté de l’appareil stationné à l’intérieur d’un hangar. Bien au chaud, nous avions transféré nos bagages et effectué tous les préparatifs d’avant vol. Lorsque le tout fut terminé, la porte de l’avion fermée, nous nous sommes installés à l’intérieur du poste de pilotage alors que le personnel au sol s’affairait à tirer l’appareil vers l’extérieur. Même notre voiture avait été déplacée par eux!

Une remarque gravée à vie dans ma mémoire provient de notre fils. Aux abords de la piste 24 L de l’aéroport de Dorval (aujourd’hui, Pierre-Elliott-Trudeau), notre jeune homme s’impatientait des interminables procédures d’avant décollage. Tel un homme d’affaires prospère, assis seul dans la cabine d’un avion privé, et bénéficiant des services de deux pilotes professionnels, il avait crié : « Allez maman, décolle! ». À l’aide du P.A. (Passenger Address), elle avait répliqué aussitôt : « Mon amour, il ne faut pas crier à bord de l’avion! ». Quel changement en comparaison des habituelles annonces débutant par : « Mesdames et messieurs… ».

Le vol de Montréal à West Palm Beach fut très agréable. Ma conjointe et moi échangions sur différentes techniques de vol s longues distances, car 1250 MN en King Air B-200 restreint la marge d’erreur sur l’utilisation du carburant. L’atterrissage s’était passé à merveille, tout autant que le passage aux douanes du terminal spécialement aménagé pour appareils privés.

Rendus au FBO habituel de West Palm Beach, nous avions suivi les consignes du signaleur vers le stationnement. Le vol terminé, nous sommes descendus de l’appareil. Au même moment, un membre du personnel conduisait la voiture, demeurée là en attente depuis quelques jours, directement à la porte de l’appareil. Il procéda ensuite au transfert des bagages de l’avion à l’automobile. Et nous voilà en route pour un week-end de rêve en Floride!

Lors de ce vol, ma conjointe, mon fils et moi fûmes traités comme des rois. Quel plaisir de se faire gâter de la sorte! Quand je pense que tout cela fut possible grâce à la décision que j’avais prise un jour : suivre un cours de pilotage!

Nicolas Charette

Adepte de saine gestion et d’actualité dans le domaine des affaires, l’auteur du livre « Attitude 80 » s’appuie sur une précédente carrière en aviation à titre de chef pilote de département corporatif, pilote de ligne Boeing 767-300 & instructeur-inspecteur Boeing 737-800 pour promouvoir certaines techniques de leadership et travail d'équipe. www.attitude80.com