Éloge aux femmes pilotes

En 1990, lors de ma formation de pilote privé chez Perfecair à l’aéroport de Mascouche, une femme m’a enseigné les techniques de pilotage. Cette femme toute menue s’appelait France Trottier. Malgré sa taille délicate, elle inspirait confiance. Elle donnait des cours de formation théorique et en vol à bord de Cessna 150 et 172. Sa cote de popularité démontrait l’appréciation de nombreux étudiants qui l’avaient comptée comme « instructeur ».

Cette femme entourée d’hommes a su se tailler une place dans ce monde de testostérone. D’instructrice classe IV à vice-présidente de trois écoles de pilotage, elle a été la première EDTV (Examinatrice désignée de test en vol) au Québec. France accumulait les succès. Aujourd’hui, elle œuvre comme commandant de jet d’affaires Hawker 850 XP.

Comment cette femme s’y prenait-elle pour réussir de la sorte? Quelle technique utilisait-elle? Eh bien, j’ai une réponse à ces questions. En fait, le succès de France Trottier résidait dans ce qu’elle ne faisait pas. Surprenant, non?

Cette instructrice transmettait le goût de devenir pilote simplement en vulgarisant les systèmes et techniques à utiliser. Elle vulgarisait de façon à rendre accessible à tous la réalisation de la passion de voler. En aucun temps elle ne laissait sentir une distance, un mépris ou un doute sur les aptitudes de ses étudiants néophytes.

Cette femme ne démontrait pas d’égo survolté. En revanche, elle démontrait une volonté de fer à offrir le meilleur service possible, aussi à réussir sa propre carrière sans jamais que ce soit au détriment de quelqu’un d’autre.

Cette femme reste à ce jour un modèle d’attitude exemplaire. Cette attitude permet de mettre l’égo de côté et de progresser dans le domaine de l’aviation de façon sécuritaire. L’égo et la testostérone peuvent jouer de bien mauvais tours aux équipages de vol. Comme il s’agit d’un éloge aux femmes pilotes, je n’élaborerai pas sur l’égo, mais plutôt sur le caractère féminin aux commandes d’un appareil et à la tête d’un équipage.

La deuxième vedette de ma carrière est le commandant Nicole Sauvé, qui travaille chez ZOOM Airlines. Malgré son jeune âge, elle a été la première femme commandant de gros-porteurs au Canada. Elle a été aussi, commandant du premier équipage entièrement féminin à traverser l’océan Atlantique. Pourtant, vous conversez avec elle sans vous rendre compte de ce qu’elle fait comme profession. Elle n’élabore pas plus sur son curriculum, si extraordinaire soit-il.

Tout comme France, Nicole aime partager son savoir-faire. Elle m’a enseigné les rudiments en vue de devenir commandant sur Boeing 767-300. Lorsque j’étais son premier officier, j’observais sa méthode de travail avec attention. Rares sont les pilotes qui, comme elle, n’ont aucun intérêt ni désir d’afficher leur supériorité. Dans les postes de pilotage règne une symbiose où chaque membre d’équipage est inclus dans le processus décisionnel. Avant de donner réponse à toute situation, elle consulte et demande opinion. Elle favorise le développement du premier officier, et tranche uniquement lorsque le temps presse ou lorsque l’exige la sécurité.

Cette façon de faire dans les deux modèles féminins cités démontre l’absence de suffisance. Bien que les femmes soient fort capables d’être autoritaires et directives, elles utilisent peu ou pas cette méthode pour mener à bien un vol.

Au cours de ma carrière, j’ai partagé le poste de pilotage avec précisément huit femmes. Toutes ont démontré un désir supérieur à la moyenne d’appliquer les règlements de l’air, d’appliquer sans déroger des normes S.O.P. (Procédures d’opération normalisées). Elles ont toutes démontrées un professionnalisme exemplaire et une rigueur sans faille. En comparaison, les hommes semblent plus disposés à s’auto-valoriser, à accorder le style du vol à leur tempérament. Ils sont plus disposés à contourner certaines règles dans le but d’accélérer les processus.

En conclusion, je crois sincèrement que les femmes avec qui j’ai piloté ont instinctivement démontré une attitude exemplaire de sécurité aérienne. Quand ces femmes ont été aux commandes, l’égo et la suffisance n’avaient pas leur place dans la cabine de pilotage.

Messieurs, lorsque vous apercevrez des dames dans un « flight club », plutôt que de vous attarder aux attributs physiques, admirez leur savoir-faire!

Bravo mesdames!

Nicolas Charette

Adepte de saine gestion et d’actualité dans le domaine des affaires, l’auteur du livre « Attitude 80 » s’appuie sur une précédente carrière en aviation à titre de chef pilote de département corporatif, pilote de ligne Boeing 767-300 & instructeur-inspecteur Boeing 737-800 pour promouvoir certaines techniques de leadership et travail d'équipe. www.attitude80.com


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